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Quand une femme rabaisse une autre femme : la sortie de Mame Diarra Fam qui fait reculer le débat public

La défaite des Lions face à la France a suscité déception et frustration chez de nombreux Sénégalais. C’est le propre du football. Mais ce qui l’est beaucoup moins, c’est de chercher un bouc émissaire dans l’apparence physique d’une femme ministre.

En insinuant que la « poisse » des Lions viendrait de la tête rasée de la nouvelle ministre des Sports, Djireye Clotilde Coly, l’ancienne députée Mame Diarra Fam a franchi une ligne que beaucoup de Sénégalais refusent aujourd’hui d’accepter. Au-delà de l’humour douteux revendiqué par certains de ses soutiens, cette sortie révèle un problème plus profond : la banalisation des attaques contre le physique des femmes dès lors qu’elles accèdent à des postes de responsabilité. Depuis des années, le Sénégal déplore le faible nombre de femmes dans les sphères de décision. On réclame davantage de ministres, de directrices, de rectrices, de chercheuses et de leaders. Mais comment encourager les jeunes filles à viser ces responsabilités lorsque certaines figures publiques préfèrent commenter une coiffure plutôt qu’un parcours ? car la vraie question est là.

Madame Djireye Clotilde Coly n’a pas été nommée ministre pour la longueur de ses cheveux. Elle l’a été pour son parcours, ses compétences et son engagement. Dans tous les pays qui avancent, ce sont les diplômes, l’expérience et la vision qui sont évalués, non l’apparence physique. Dans les amphithéâtres des universités sénégalaises, de nombreuses étudiantes regardent les femmes qui accèdent aux plus hautes fonctions comme des modèles. Elles y voient la preuve que le savoir, le travail et la persévérance peuvent ouvrir les portes du leadership. Quel message leur envoie-t-on lorsqu’une ancienne députée réduit une femme ministre à sa coiffure ?

Le plus troublant dans cette affaire est peut-être qu’une telle attaque provienne d’une femme elle-même. L’époque exige pourtant davantage de solidarité entre celles qui ont réussi à briser le plafond de verre. La compétition politique ne devrait jamais conduire à rabaisser une autre femme sur son physique. Cette polémique pose également une question plus large sur la qualité du personnel politique que produit notre système. Pendant trop longtemps, certaines institutions ont vu leur prestige s’éroder sous le poids de comportements qui n’honorent ni le mandat électif ni le débat démocratique. Être député ou responsable politique devrait imposer une certaine hauteur de vue.

Heureusement, plusieurs voix féminines respectées se sont élevées pour dénoncer cette dérive. Parmi elles, celle de Aminata Touré, dont le parcours international et l’engagement constant en faveur de la promotion des femmes expliquent pourquoi de nombreux Sénégalais continuent de l’appeler affectueusement « Tata Mimi ». Le Sénégal a besoin de femmes qui inspirent, qui élèvent le débat et qui ouvrent des portes aux générations futures. Il n’a pas besoin de responsables politiques qui transforment les réseaux sociaux en terrain de moqueries personnelles.

La critique politique est légitime. Le body shaming ne l’est pas et si cette affaire doit laisser une leçon, c’est celle-ci :

on peut contester les décisions d’une ministre, discuter de son bilan ou de sa stratégie mais s’en prendre à son apparence n’est ni un argument politique ni une preuve d’intelligence c’est simplement l’aveu d’un débat qui a perdu de sa hauteur.

“Ndeyssane Niaack Jangua Moussibala “

M.Sylla

MasterDroit et Administrationdes Collectivites Territoriale

ndarndarbi195@gmail.com

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