Monsieur le Sous-Préfet,
Il y a des décisions qui paraissent raisonnables parce qu’elles sont simples. Et pourtant, elles contiennent en elles toute la violence d’un renoncement. Suspendre les Nawétaans, au nom de l’ordre public, semble à première vue une réponse juste à l’agitation, aux vitres brisées, aux corps blessés. Mais ce n’est pas parce qu’une mesure est immédiate qu’elle est juste. Ce n’est pas parce qu’elle donne l’illusion de la maîtrise qu’elle évite le chaos.
Car ce que vous arrêtez aujourd’hui, Monsieur le Sous-Préfet, ce n’est pas un simple tournoi entre quartiers. C’est un souffle de vie, un refuge moral, un espoir social pour une jeunesse qui n’a déjà presque plus rien à quoi se raccrocher. En suspendant les Nawétaans, vous ne réglez pas un problème. Vous le déplacez, et pire encore : vous le propagez là où il deviendra plus dangereux, plus incontrôlable.
Oui, il y a eu des violences. Oui, des dégâts matériels ont été causés. Et à ceux qui ont été directement affectés, nous témoignons toute notre solidarité. Leur douleur est légitime, et leur colère compréhensible.
Mais croyez-vous sincèrement que le football communautaire est le problème ? Ou plutôt le révélateur d’un malaise plus profond, l’absence d’espaces de canalisation, la désorganisation de certains dispositifs, le retrait progressif de l’État dans les lieux de structuration sociale ?
Suspendre les Nawétaans, c’est comme casser le thermomètre pour faire baisser la fièvre. C’est confondre l’infrastructure sociale avec les symptômes de son sous-encadrement. Ce mouvement, né des entrailles du peuple sénégalais dès les années 1970, voire avant, est aujourd’hui l’un des rares espaces d’auto-organisation encore vivants. Il fédère, il éduque, il canalise. Il incarne un cadre populaire de formation morale, physique, collective.
Oui, il y a des débordements. Mais que reste-t-il si vous supprimez même ce qui fonctionne à moitié ?
Cheikh Anta Diop disait : “Une société qui coupe sa jeunesse de ses racines fabrique des adultes sans colonne vertébrale.” Nous y sommes presque.
Article 22 alinéa 2 de la Constitution du Sénégal :
“La jeunesse a droit à une protection spéciale de l’État et à l’accès à une formation physique, morale, intellectuelle et professionnelle.”
En suspendant les Nawétaans, vous retirez aux jeunes un espace où cette formation informelle mais profondément structurante s’opérait encore. C’est une décision incohérente avec notre Constitution, contraire aux principes de gouvernance participative, et politiquement contre-productive. La suspension des Navétaans est en contradiction directe avec cet article. Elle retire aux jeunes un espace où cette formation s’opère de manière informelle mais profondément structurante.
La République ne peut pas, dans un même mouvement, dénoncer la délinquance juvénile et détruire les derniers remparts communautaires contre la marginalisation. Cela relève d’une incohérence de fond. En matière de politique publique, il n’existe pas de vide. Lorsqu’une institution se retire, autre chose prend sa place. Supprimer les Nawétaans, c’est ouvrir un espace au désœuvrement, aux dérives informelles, voire à des logiques de violence endogène.
On ne lutte pas contre le désordre en supprimant ce qui lui faisait encore contrepoids. On le fait en renforçant les dispositifs d’encadrement, en responsabilisant les acteurs de terrain, en exigeant un niveau d’exigence, pas en punissant collectivement.
Monsieur le Sous-Préfet, cette décision n’est pas anodine. Elle envoie trois signaux dangereux. D’abord, que la jeunesse populaire est un danger à contenir, et non une ressource à construire. Ensuite, que l’État local préfère l’interdiction à l’ingénierie sociale. Enfin, que les ASC, pourtant piliers du tissu social, ne méritent ni considération ni soutien. Ce type de message crée un sentiment d’abandon. Et, comme toujours, l’abandon précède l’instabilité.
Monsieur le Sous-Préfet, je vous invite, en toute responsabilité, à reconsidérer votre position. Non pas par pression émotionnelle, mais au nom de la cohérence républicaine, de la lucidité sociale, et du devoir d’intelligence stratégique que vous impose votre fonction. Suspendre les Nawétaans, c’est faire taire un espace. Mais ce que vous taisez aujourd’hui criera demain, et plus fort, et plus violemment, et sans contrôle.
La véritable grandeur d’un État ne réside pas dans sa capacité à interdire. Elle se mesure à sa capacité à encadrer, à réparer, à bâtir.
Par Doudou Diouf FAYE, Secrétaire général de l’ASC BOKK-WARR






Bonjour
Pour moi on suspend les Asc qui ont fait la violance