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Quand la société fabrique des maux avec ses mots

Il est presque divertissant — si l’on n’y voyait pas une tragédie humaine — d’observer l’excitation collective qui s’empare des foules lorsqu’une personnalité connue traverse une dépression ou une chute publique. Les réseaux frémissent, les claviers s’emballent, et la compassion… prend congé.

La société, cette grande donneuse de leçons, devient soudain experte en psychologie, juge moral et chroniqueuse à sensations. On dissèque la souffrance comme un feuilleton, on savoure les détails croustillants, on partage, on commente, on se repaît. Aider ? Assister ? Comprendre ? Non. Trop peu spectaculaire.

Comme le disait Albert Camus : « La blessure la plus profonde est celle qu’on ne voit pas. »

Pourtant, nous vivons dans une société où plus de la moitié des individus avancent sous le poids d’une détresse silencieuse, camouflée derrière les défis du quotidien, les sourires forcés et les slogans de résilience. Une société où la mort devient curieusement le passeport pour la sainteté, distribuée généreusement par les mêmes voix qui, hier encore, lapidaient à coups de mots.

Bienvenue au Sénégal — terre de chaleur humaine proclamée — où l’hypocrisie sociale atteint parfois un niveau olympique. Ici, on trouve sans peine le budget des funérailles, mais rarement celui de l’assistance quand la personne respirait encore. On est prompt à organiser des hommages posthumes grandioses, mais avare de reconnaissance quand l’individu est en pleine lutte, en pleine création, en pleine vie.

On salit pour se blanchir. On rabaisse pour se hisser. On éteint pour tenter de briller.

Et tout cela, souvent, par pure oisiveté morale. Car oui, l’adage est plus que jamais d’actualité : l’oisiveté est la mère de tous les vices. Si chacun était véritablement occupé par le travail, par des défis souverains, par une compétition saine et une créativité utile, il y aurait moins de temps pour le venin gratuit.

Comme le rappelait Martin Luther King Jr. : « Ce qui m’effraie, ce n’est pas la violence des méchants, mais le silence des gens bien. »

Il est temps de remettre l’effort, la dignité et la bienveillance au centre. D’apprendre à soutenir les vivants avant d’ériger des statues aux morts. De comprendre que la bienveillance ne coûte rien, mais qu’elle rapporte tout.

Alors travaillons. Créons. Aidons. Et surtout, soyons humains — en temps réel, pas à titre posthume.


Jules Faye
Président du MPDES

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