Mamadou Thiam
Expert en stratégies, performance et transition
mamadouthiam@hotmail.com

I. Déconstruire un amalgame
Aucun texte constitutionnel ou réglementaire n’impose à une première dame de créer une fondation, ni ne le lui interdit. Le concept même de « première dame » — hérité d’une tradition américaine — reste partout un usage protocolaire, non une fonction légale. Confondre absence de fondation et vide moral, c’est méconnaître cette réalité juridique fondamentale.
La fondation obéit, elle, à un cadre strict. Et c’est précisément ce cadre — avec le décret présidentiel qu’il requiert — qui place le chef de l’État au cœur du dispositif, à la fois époux et signataire. L’absence de fondation est donc aussi, toujours, une décision présidentielle.
REPÈRES JURIDIQUES ET COMPARAISONS INTERNATIONALES

Au Sénégal, la fondation d’une première dame n’est ni une obligation, ni une tradition personnalisée : c’est un choix institutionnel encadré par la loi et validé par le Président.
II. Une absence politiquement chargée
L’absence de fondation sous Diomaye Faye n’était pas un oubli. Elle était une position — cohérente avec l’ADN idéologique du Pastef, construit sur la dénonciation de la patrimonialisation de l’État. Dans ce récit fondateur, la fondation de première dame symbolisait ce qu’il fallait réformer : un instrument hybride, à mi-chemin entre action publique et initiative privée.
Le silence présidentiel prolongé n’était pas une fin de non-recevoir. C’était une réserve stratégique. Dans l’intervalle, une ingénierie discrète s’était mise en place : périmètres d’action distincts, segmentation thématique entre jeunes filles et enfants en bas âge. Efficace, mais limité faute de personnalité morale.
Attendre deux ans, puis concevoir une fondation commune et impersonnelle : c’est peut-être la manière choisie de réconcilier l’instrument avec l’idéologie — sans renier l’une ni abandonner l’autre.
III. Une solution inédite
Une fondation commune à deux premières dames : la décision est apparemment technique, mais politiquement remarquable. Elle neutralise le risque de compétition symbolique en faisant de la complémentarité une architecture. Une seule entité, deux visages, une mission partagée.
Le Président Diomaye Faye avait déjà réussi le pari protocolaire d’assumer officiellement la coépousie sans répercussion majeure. La fondation commune prolonge cette logique : réponse institutionnelle originale à une situation sans précédent mondial connu.
J’ai eu le privilège de travailler au sein d’une fondation portée par une première dame. J’y ai appris que la rigueur dans la séparation des sphères et le désintéressement dans l’action ne sont pas des postures : ce sont des disciplines qui se construisent dans la durée. C’est à cette aune que la Fondation Sénégal Solidaire devra être jugée.
IV. Ce que cette fondation devra prouver — et dépasser
Trois conditions de crédibilité s’imposent. Premièrement, la séparation stricte entre ressources publiques et ressources privées. Deuxièmement, la transparence financière : rapport annuel accessible, comptes vérifiés, publication obligatoire. Troisièmement — et c’est l’enjeu le plus structurant — la pérennité institutionnelle.
Les fondations de premières dames disparaissent avec les régimes qui les ont vus naître. Elles emportent réseaux, expertises et capital social. C’est un gaspillage que le Sénégal ne peut plus se permettre.
L’opportunité est historique : doter la Fondation Sénégal Solidaire d’un cadre impersonnel dès sa création. Statuts stables. CA à mandats fixes. Direction exécutive professionnelle. Et une présidence d’honneur alignée sur le mandat présidentiel — si la ou les premières dames le souhaitent. La fondation ne disparaît pas. Elle accueille chaque nouvelle présidence et continue.
Passer d’une fondation de premières dames à une institution nationale dont les premières dames assurent la présidence : le glissement est subtil, le changement de paradigme est radical. Si le Président Diomaye Faye l’inscrit dans les actes fondateurs, il pose un acte de réforme institutionnelle durable, cohérent avec la rupture promise.
Une leçon de maturité à inscrire dans le marbre
Le Sénégal vient peut-être d’inventer un modèle inédit de gestion institutionnelle de la coépousie à l’échelle présidentielle. Remarquable. Mais l’innovation conjoncturelle ne suffit pas. Ce qui distingue une réforme d’une improvisation, c’est sa capacité à durer.
La Fondation Sénégal Solidaire tient entre ses mains quelque chose de rare : une légitimité de naissance, une forme inédite, un contexte favorable. L’occasion de bâtir ce que le Sénégal n’a jamais eu : une institution sociale para-présidentielle qui traverse les régimes, résiste aux alternances et serve durablement les plus vulnérables.
C’est une promesse institutionnelle.
Il reste à l’inscrire dans le marbre.
Mamadou Thiam
Expert en stratégies, performance et transition
mamadouthiam@hotmail.com
ANNEXE
Schéma de gouvernance proposé
Pour une Fondation Sénégal Solidaire pérenne et impersonnelle

| Présidence d’honneur | Conseil d’Administration | Organes exécutifs et de contrôle
Mandats et renouvellements

Règles de succession et de continuité

PRINCIPE FONDATEUR
« La Fondation précède la Première Dame. La Première Dame ne fonde pas la Fondation : elle en assume la présidence le temps d’un mandat, et lui transmet son prestige sans lui imposer son destin. »
Ce schéma est une proposition prescriptive, compatible avec la loi 95-11 du 7 avril 1995. Il peut être intégré aux statuts fondateurs ou consacré par un texte législatif instituant une Fondation nationale des Premières Dames du Sénégal.






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