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Général de brigade Souleymane Kandé, le retour d’un officier au parcours mouvementé

De la Casamance aux couloirs du renseignement, l’histoire tourmentée d’un général qui n’a jamais quitté l’actualité bien longtemps.

Il y a encore peu, le général de brigade Souleymane Kandé paraissait mis à l’écart des cercles décisionnels de l’armée, en poste diplomatique à New Delhi. Puis, le 23 septembre 2026, revirement : d’après des informations diffusées par FDS TV, l’ancien chef d’état-major de l’armée de Terre est désigné par décret présidentiel à la tête du Renseignement extérieur (DGRE), organe stratégique rattaché à la Présidence et placé sous l’autorité du Délégué au Renseignement national. Ce nouveau poste marque son retour dans les sphères de pouvoir, lui dont le passé militaire reste dominé par les opérations sur le terrain.

Un officier forgé par la Casamance

C’est bien avant sa prise de fonction à la tête de l’armée de Terre que le nom de Kandé s’est fait connaître du grand public. Colonel et commandant des opérations spéciales à l’époque, il accède au grade de général de brigade et devient chef d’état-major de l’armée de Terre le 10 octobre 2022, succédant au général Philip Henry Alfred Dia. Mais sa notoriété, il la doit surtout à son passage à la tête de la zone militaire n°5 de Ziguinchor, où il avait dirigé, en 2021, l’offensive qui avait permis de récupérer des bases tenues par les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

Cette réussite sur le terrain, dans un conflit qui traîne depuis les années 1980, a construit son image d’officier de terrain, tacticien autant qu’homme d’action. En juin 2023, son ascension se poursuit : sans quitter la tête de l’armée de Terre, il est également nommé Coordonnateur des opérations spéciales (Cos) par décret présidentiel, cumulant ainsi deux responsabilités de premier plan — une situation peu courante pour un officier de son grade.

Le purgatoire de New Delhi

Tout bascule en mai 2024, quand le général Kandé est affecté comme Attaché de Défense et de Sécurité auprès de l’Ambassade du Sénégal en Inde. Il ne prendra ses fonctions qu’en mars 2025, près d’un an plus tard — un délai révélateur des tensions qui entouraient cette mutation. Cette décision avait alors provoqué de vives réactions dans l’opinion publique sénégalaise.

Plusieurs hypothèses ont circulé pour expliquer cette mise à l’écart. Certains y voient les effets d’une cabale menée par des officiers supérieurs plus âgés, agacés par son ascension rapide ; d’autres estiment qu’il aurait payé pour avoir, avec l’appui de l’ex-président Macky Sall, passé outre les ordres de son supérieur hiérarchique direct, le chef d’état-major général des armées Birame Diop, aujourd’hui ministre des Forces armées, en engageant une opération d’envergure contre les rebelles casamançais. D’autres encore ont avancé l’idée, jamais démontrée, d’un projet de coup d’État déjoué, une accusation surprenante dans un pays qui n’a connu aucun putsch depuis son indépendance, fait suffisamment rare en Afrique de l’Ouest pour être souligné. Un texte publié sur Seneplus comparait d’ailleurs sa situation à deux précédents dans l’histoire militaire sénégalaise, les cas Mademba Sy et Faustin Preira, montrant que même une armée réputée disciplinée n’échappe pas aux tensions entre officiers de haut rang.

Les honneurs français

Avant que cette controverse ne prenne cette ampleur, le général Kandé avait quitté son commandement dans des circonstances plus flatteuses. Le président français Emmanuel Macron l’avait fait officier de la Légion d’honneur, distinction accompagnée d’un courrier du général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre française, saluant son engagement et sa contribution au renforcement des liens entre les deux armées. Sous son commandement, l’armée de Terre sénégalaise aurait gagné en rigueur et en professionnalisme, selon les propos de l’officier général français.

Un retour qui pose question

Sa désignation à la tête de la DGRE le replace au centre de l’appareil sécuritaire national, dans un climat marqué par de nombreux changements décidés par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko au sein des services de sécurité. Reste à savoir si ce retour traduit une véritable réhabilitation, ou s’il s’agit plutôt d’un repositionnement visant à tenir à distance du commandement opérationnel une figure jugée gênante, tout en la gardant sous surveillance rapprochée de la Présidence.

Quoi qu’il en soit, le parcours de Souleymane Kandé, Casamance, opérations spéciales, Légion d’honneur, disgrâce diplomatique, renseignement, dessine le portrait d’un homme rompu aux combats du terrain comme à ceux, plus discrets, qui se jouent dans les hautes sphères du pouvoir.

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