Il y a cinq années déjà, je fis mon entrée en politique, animé d’une conviction ardente : celle que notre génération, mue par la volonté de bien faire, saurait infléchir le cours de l’histoire. J’avais foi que nos compétences, agrégées à notre abnégation, finiraient par triompher de la corruption rampante et du culte de la médiocrité bureaucratique. J’avais foi, aussi, qu’adossés à une fraternité patriotique sincère, nous pourrions déplacer les montagnes et relever les défis d’une Nation en quête de renouveau.
Mais ce noble rêve ne fut qu’une chimère. Le réveil, brutal et glaçant, m’a jeté sans ménagement dans la fosse aux caïmans qu’est la scène politique. J’y ai vu les coups bas se substituer aux débats, les calomnies supplanter la vérité, les trahisons éclipser la loyauté. J’y ai découvert le visage sombre d’un univers qui se devait d’être noble, mais qui s’est avili au point d’en devenir détestable.
Ma première leçon fut celle du baptême de feu : la prison. Entre les murs froids, j’ai appris ce que signifie être un homme d’État : se dresser dans la solitude glaciale, calculateur mais populaire, méfiant mais toujours debout. Un homme d’État, ai-je compris, se doit d’être à la fois adepte du silence et gardien des secrets, car les coups les plus redoutables ne viennent pas toujours de l’adversaire déclaré, mais souvent du cercle le plus intime.
Et lorsque mes yeux se posent sur des coalitions naguère porteuses d’espoir, tel YEWWI ASKAN WI, jadis « dream team » d’une génération éprise de changement, je ne peux que soupirer. Les querelles intestines, les mots lancés comme des missiles sol-sol dans des joutes virtuelles, les dissensions entre un père et son fils livrés en spectacle sur l’autel de la compromission politique : tout cela sonne comme un glas. Une mascarade qui déshonore la vocation première de la politique, qui devait être service et grandeur, mais qui s’effrite désormais dans les compromissions mesquines et les calculs d’arrière-cour.
Alors, je m’interroge : est-ce cela, la politique ?
Est-ce vraiment ce champ de manœuvres où l’on s’écharpe, où l’on sacrifie la vérité sur l’autel de l’ambition, où l’on piétine l’idéal au profit des intérêts les plus vils ?
Si tel est le visage réel de la politique, alors je le confesse : je n’y ai pas ma place.
Car jamais, au plus grand jamais, je ne pourrais donner mon cœur à la trahison, encore moins livrer mon âme à la compromission.
À chacun sa vision, certes. Mais pour ma part, je choisis de garder foi en une politique qui se rêve encore pure, fraternelle et patriotique. Une politique qui, peut-être, renaîtra un jour des cendres de cette fosse aux caïmans.
Jules Aloïse Prospère Faye
Président du Mouvement Patriotique pour le Développement Economique du Senegal






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