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Le rebasing, un levier statistique à valoriser pour regagner la confiance des marchés

Le rebasing consiste à actualiser la manière dont un pays mesure la richesse produite annuellement par son Economie. En termes simples, c’est comme mettre à jour la carte du Sénégal après la création des régions de Sédhiou, Kaffrine et Kédougou : le territoire ne change pas, mais la représentation devient plus fidèle. De la même manière, le rebasing intègre dans le calcul du PIB des pans entiers de l’activité qui étaient mal mesurés, sous-estimés ou tout simplement absents, mais n’indique point une évolution de la situation économique.

A la suite du dernier rebasing, le Sénégal estime désormais son PIB de 2021 à 17 316 milliards FCFA, contre 15 261 milliards FCFA auparavant, soit une hausse de 13,5 %. Toutes choses égales par ailleurs, cette augmentation se traduiraient mécaniquement par une baisse estimée à environ 11 % des ratios d’endettement, de déficit budgétaire et de pression fiscale. Encore une fois, il ne s’agit toutefois pas d’un enrichissement soudain, ni d’une amélioration de la conjoncture économique, ni d’une dégradation de la capacité de collecte de l’impôt, mais simplement d’une mesure plus précise de l’activité économique et du niveau des indicateurs qui s’y rapportent.

Comparé à d’autres pays africains, l’effet du rebasing reste modéré. Le Nigeria avait enregistré une hausse de 89 % en 2014, le Ghana près de 60 % en 2010, tandis que des pays comme le Kenya, la Tanzanie ou le Rwanda ont dépassé les 25 %. Avec 13,5 %, le Sénégal se situe dans une zone de stabilité qui traduit la relative fiabilité du précédent rebasing de 2014. Cette progression mesurée renforce même la perception de robustesse des statistiques nationales.

Comme souligné plus haut, le rebasing améliore mécaniquement les indicateurs de dette, mais réduit le taux de pression fiscale, des variables surveillées de près par les institutions nationales et régionales. Il doit donc être utilisé comme outil de pilotage pour réajuster la stratégie budgétaire et fiscale.

Du côté de la dette, un PIB plus élevé rend les ratios plus faibles, sans modification réelle des finances publiques. Cela offre néanmoins une lecture plus réaliste de la soutenabilité et constitue une opportunité à un moment où la notation souveraine du Sénégal est sous pression. Les marchés financiers attachent cependant autant d’importance à la qualité et à la transparence des données qu’aux chiffres eux-mêmes. Pour mieux les convaincre, les autorités doivent accompagner le rebasing d’un discours clair et cohérent, mettant en avant la rigueur méthodologique, la solidité des résultats et des stratégies de gestion de la dette répondant aux critères SMART. Dans cette perspective, une étape prioritaire doit être l’actualisation de la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT) publiée en octobre par le Ministère des finances, puisque ses projections reposent encore sur le PIB avant rebasing.

S’agissant de la fiscalité, l’enjeu central est de réussir à capter une partie de la richesse nouvellement mesurée ou « formalisée » sans freiner la croissance. La révision du PIB met souvent en lumière des secteurs encore peu couverts par l’impôt et appelle une adaptation de la politique fiscale. L’objectif n’est pas d’augmenter les taux, mais d’élargir l’assiette, en intégrant progressivement les activités émergentes et insuffisamment formalisées auparavant. Cela implique également de réactualiser voire améliorer, s’il n’est pas déjà fait, le Plan de redressement économique et social (PRES) présenté avant les résultats du rebasing.

Dr. Balla KHOUMA

Statisticien Economiste

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