Sous les reflets d’acier de la Tour de Manhattan, là où se joue le destin d’un multilatéralisme en sursis, l’ombre de Macky Sall s’étire avec l’audace des conquérants qui prétendent défier les lois gravitationnelles de la géopolitique mondiale. En tant que Directeur général de Strategia Afrique, j’analyse cette ambition non comme une simple candidature, mais comme un test de résistance face à une réalité structurelle dont la rigidité laisse peu de place à l’exception. Si sa stature d’homme d’État et son expérience à la tête de l’Union africaine lui confèrent une indéniable aura, le chemin vers le 38e étage semble semé d’obstacles insurmontables pour l’horizon 2026.
J’identifie tout d’abord ce que je qualifierais de désaveu domestique, un obstacle qui, dans l’arithmétique onusienne, s’avère souvent rédhibitoire. Une candidature au poste de Secrétaire général ne peut prospérer sans le parrainage actif et sans faille de l’État d’origine. Or, je constate que le silence du nouveau régime sénégalais, couplé à une levée de boucliers de la société civile invoquant les tensions politiques de la période 2021 à 2024, fragilise la légitimité de Macky Sall avant même qu’il n’atteigne les rives de l’East River. Pour les membres du Conseil de sécurité, la nomination d’un leader dont la figure cristallise les divisions nationales représenterait un risque d’instabilité institutionnelle superflu.
Au-delà des frontières sénégalaises, je vois se dresser le mur de la rotation régionale, ce métronome invisible qui régit les équilibres du multilatéralisme. Après le mandat d’un Européen, le consensus diplomatique s’oriente aujourd’hui de manière quasi gravitationnelle vers l’Amérique latine et les Caraïbes (GRULAC), une région qui n’a plus occupé le sommet de l’organisation depuis 1991 . En tant qu’analyste, je perçois qu’une intrusion africaine dans ce cycle serait interprétée par le bloc latino-américain comme une rupture d’un pacte de confiance historique, isolant de fait une telle candidature.
À cette contrainte géographique s’ajoute un impératif de genre devenu irrésistible. En 80 ans d’existence, l’Organisation des Nations Unies n’a jamais été dirigée par une femme, une anomalie que la communauté internationale semble résolue à corriger lors de ce scrutin. Je sens une mobilisation sans précédent, tant au sein de l’Assemblée générale que de la société civile, pour que le 10e Secrétaire général soit une femme. Dans ce nouveau paradigme, je considère que tout candidat masculin, quel que soit son mérite, part avec un handicap structurel majeur face à des figures d’envergure telles que Michelle Bachelet ou Rebeca Grynspan .
Enfin, j’analyse le jeu d’influence des membres permanents du Conseil de sécurité comme le filtre ultime. Si Macky Sall bénéficie d’une proximité notoire avec l’Élysée, ce soutien pourrait paradoxalement se transformer en fardeau. Dans un climat de polarisation exacerbée, je crains que Moscou ou Pékin n’y voient le risque d’un alignement trop marqué sur les intérêts occidentaux, déclenchant ainsi un veto de principe . Parallèlement, l’administration américaine actuelle privilégie des profils de gestionnaires pragmatiques, aptes à réformer la bureaucratie plutôt que des personnalités politiques à forte identité souveraine . En somme, j’estime que si Macky Sall demeure un diplomate d’exception, les plaques tectoniques de la Realpolitik mondiale ne sont pas alignées en sa faveur.
Jules Aloïse Prospère Faye
Directeur général de Strategia Afrique






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